Au module documentation du Service des communications, Joëlle Castonguay a souvent quelques mailles à portée de main. Elle tricote depuis le secondaire, un savoir qui lui vient de sa grand-mère, dont elle a aussi hérité du matériel. Le geste lui rappelle encore aujourd’hui cette transmission. Il y a quelque chose du soin dans le tricot, celui qu’on met dans ce qu’on fabrique autant que celui qu’on porte aux autres.
C’est dans cet esprit qu’un club de tricot très officieux a commencé à prendre forme à la CSN en décembre 2024. Joëlle avait connu un club du genre au Cégep du Vieux Montréal et remarquait depuis longtemps toutes ces personnes qui arrivaient en réunion avec leur tricot. Plutôt discrète, elle n’avait aucune envie de s’autoproclamer organisatrice. Puis l’idée a fait son chemin entre plusieurs tricoteuses qui avaient simplement envie de se créer un moment pour pratiquer ensemble.

Le fonctionnement est resté à l’image de ses débuts. Un canal Teams permet de garder le contact et, environ une fois par mois, quelques personnes se retrouvent sur l’heure du dîner. Parfois elles sont deux ou trois, parfois plus. On apporte son projet, on regarde ce que les autres fabriquent, on échange des trucs et on jase. Dans un milieu où les agendas ont tendance à se remplir tout seuls, le groupe a préféré garder la formule souple.
Dès sa naissance, le club a aussi associé ses aiguilles à des projets de solidarité. En décembre 2024, son premier projet a été de tricoter des carrés de 50 cm sur 50 cm pour le Projet Couverture Montréal 2025. Assemblés avec des centaines d’autres, ils ont contribué à former une couverture géante installée à la Place Ville-Marie en mai 2025 afin de sensibiliser à la violence envers les femmes et d’amasser des fonds pour quatre maisons d’hébergement.
Cet automne, le groupe reprend pour une deuxième fois la confection de tuques pour bébés au profit des bébés de Sainte-Justine. L’appel lancé dans le bulletin interne a rejoint bien au-delà du petit noyau habituel, y compris des camarades des régions.
Les initiatives des tricoteuses pourraient également contribuer à changer le regard porté sur le tricot au travail. Sortir ses aiguilles pendant une présentation peut encore donner l’impression qu’on écoute à moitié ou qu’on prend moins au sérieux ce qui se passe autour de la table. Pourtant, on sourcille souvent beaucoup moins devant une personne qui consulte son téléphone ou travaille sur son ordinateur pendant la même rencontre, alors que ces appareils sollicitent constamment notre attention et peuvent facilement nous entraîner ailleurs.
Il y a peut-être aussi quelque chose de genré dans ce regard. Le tricot demeure une pratique largement associée aux femmes et au travail domestique, longtemps relégué au rang de passe-temps plutôt que reconnu comme un savoir. Pour plusieurs personnes, garder les mains occupées aide pourtant à écouter et à rester présentes. Dans le cas de Joëlle, les mailles accompagnent la concentration plutôt qu’elles ne lui font concurrence.
Après s’être tricoté tranquillement une place dans les corridors du mouvement, le club est donc prêt à sortir un peu de l’ombre cet automne. Il restera un espace informel où l’on vient avec son projet et son envie de jaser, mais aussi un endroit où quelques heures et quelques pelotes peuvent servir à prendre soin les un-es des autres. Les camarades qui souhaitent se joindre au groupe peuvent dès maintenant communiquer avec Joëlle.