Pour Francis Lamoureux, archiviste à la CSN, la musique n’a jamais été bien loin. Elle est là depuis l’enfance, associée aux souvenirs de sa grand-mère, aux heures passées devant un piano, à cette impression que certaines émotions trouvent plus facilement leur chemin à travers des notes qu’à travers des mots.
« J’ai commencé au secondaire, avec la trompette. Et je n’ai jamais vraiment arrêté. » Comme beaucoup, il a d’abord cru que cette passion pourrait devenir une vocation. Après un cégep en musique, il s’engage dans un parcours universitaire en trompette historique. Mais à mesure que les années passent, quelque chose se transforme. « Je me suis rendu compte que j’aimais profondément la musique, mais que je ne voulais pas forcément en faire ma carrière. »
Ce glissement l’amène vers un autre champ qui le fascine tout autant : l’histoire. La musicologie, l’histoire de la musique, les compositeurs anciens. « La musique est devenue pour moi une porte d’entrée sur l’histoire. Une façon de comprendre des époques autrement qu’à travers des livres. » Une intuition qui, sans qu’il le sache encore, allait tracer un fil direct jusqu’à son métier d’archiviste.
Aujourd’hui, Francis joue toujours, notamment avec l’Orchestre à vent de musiques de films. Il y est bénévole, par pur plaisir. « J’ai toujours trippé sur la musique de film. Tu joues un thème et automatiquement, des images te reviennent en tête. Il y a un petit côté geek assumé là-dedans. » Rejouer ces partitions, c’est replonger dans des univers qui ont marqué son imaginaire, mais aussi partager une passion avec des gens d’horizons complètement différents de ceux du milieu syndical.
Avec le recul, le lien entre ses deux mondes lui apparaît évident. « Une œuvre musicale, c’est comme une archive vivante. Elle porte en elle une époque, des choix esthétiques, une manière de voir le monde. » Pour lui, travailler avec des documents historiques et interpréter des œuvres anciennes relèvent d’un même geste : faire parler le passé, le rendre présent.
Et surtout, la musique lui offre quelque chose de précieux : un espace à lui. « Ça me permet d’avoir la tête ailleurs. Pas les mêmes gens, pas le même milieu, pas les mêmes préoccupations. » Après un long parcours d’études et des années dans le monde des archives, la trompette devient un point d’ancrage, un rappel de sa vie d’avant, mais aussi une manière de rester équilibré dans celle d’aujourd’hui.
Entre les boîtes d’archives et les partitions, Francis continue de faire ce qu’il a toujours fait : garder vivantes les traces du passé, qu’elles soient écrites sur papier… ou portées par le souffle.