Bulletin mentorat, nº 4

Le mentorat, « tellement rassurant »

Comment ça va, le mentorat? Rien de mieux que d’aller à la rencontre des gens pour savoir. Échanges avec mentor-es et mentoré-es sur les vertus du programme, tel que vécu au quotidien par les principaux concernés. Que non, ça ne chôme pas !

La réponse n’a pas tardé à fuser: « Toute la variété et l’étendue des choses qu’on doit faire ! », lance Diego Moncada-Lacerte quand on lui demande ce qui le surprend le plus dans son nouvel emploi.

« Au départ, c’était totalement contre-intuitif pour moi d’admettre mes vulnérabilités. Dans mes anciennes jobs, tu prenais ton trou. T’essayais d’être bon tout de suite, pis tu ne posais surtout pas de questions. Alors qu’ici, avec le mentorat – et le travail d’équipe en général je dirais « c’est fou à quel point on valorise de poser des questions, de parler aux collègues, de ne pas avoir peur de ne pas savoir. Tout le monde s’encourage à s’entraider, et ça, tous les mentoré-es le constatent. »

Diego Moncada-Lacerte
Raphaëlle Gauvin

Chacun ayant ses zones de confort et d’inconfort, il faut savoir les nommer, lance Raphaëlle Gauvin, mentorée au Service juridique à Québec. « Il ne faut pas avoir peur de dire ce qu’on aime et ce qu’on aime moins comme dossier. C’est important que mon mentor le sache : parce que chacun a ses préférences, mais aussi pour que je puisse apprendre avec des dossiers que je connais moins ! »

Le mentor de Raphaëlle, Jean Mailloux, est aussi d’avis que la communication et la transparence sont essentielles. « Une audience, on le sait, ça peut être excessivement stressant. À partir du moment où on nomme cette chose-là, on peut adapter notre approche : faire un suivi avant l’audience pour bien revoir la préparation, ainsi qu’après l’audience pour évaluer comment ça s’est passé. Aussi, comme c’est moi qui distribue les dossiers à Québec, ça me permet de travailler en amont : tiens, j’ai pensé à toi pour telle affaire… Ça diminue l’effet de surprise en réunion d’équipe. Et aujourd’hui, c’est elle qui se bat pour aller les plaider ! »

« On a créé ce lien-là : Jean me connaît, il sait comment je pense, il sait ce qui va me stresser. Je ne me sens jamais mal de lui dire, je sais qu’il va me comprendre. Et puis sinon, je reste toute seule avec mes questions ! », ajoute Raphaëlle.

Julia Bendavid a un plaisir évident à accompagner Diego à titre de mentore pour la FSSS–CSN. Elle enchaîne rapidement les questions : « C’est quoi la première chose que tu fais en audition? C’est quoi tes questions d’interro? C’est quoi tes cinq éléments de base ? » Et surtout, celle qu’elle semble préférer tant elle en appuie les syllabes : « Qu’est-ce que tu t’en vas chercher, au final ? »

Dans son accompagnement, Julia accorde beaucoup d’importance à l’organisation des dossiers. « Il y a autant de types de conseillères et de conseillers qu’il y a de personnes conseillères. Moi, je fais les choses ainsi, toi tu les feras peut-être autrement. Organise-toi comme tu veux, mais organise-toi ! ».

Si la préparation, l’analyse et la réflexion sont essentielles, elle revient avec insistance aux éléments de base. « Il s’est passé ceci. Le travailleur veut cela. Je vais m’organiser pour faire ça et ça», simplifie-t-elle. Tout aussi terre-à-terre, Jean Mailloux ajoute que le coaching d’un mentoré implique également toute la complexité des relations humaines lorsqu’on intervient auprès d’un plaignant ou d’une plaignante.

« On doit gérer le fait que la personne, par exemple dans un dossier de harcèlement psychologique, est complètement démolie : ou bien parce qu’elle a réellement été harcelée, ou bien parce que c’est vraiment sa perception de la situation. Ce n’est jamais évident. Ce n’est pas juste du droit, c’est du comportement humain. Faut que tu deales avec ça, ça demande énormément d’écoute, et c’est à force d’en faire qu’on devient meilleur ! »

 

Julia Bendavid

«Ce n’est pas juste du droit, c’est du comportement humain. Faut que tu deales avec ça, ça demande énormément d’écoute, et c’est à force d’en faire qu’on devient meilleur ! »

Tissés serrés

Jean Mailloux

Les allers-retours, excessivement fréquents, sont à la base des relations établies entre Jean et Julia et leurs mentoré-es respectifs. « Si je sais où je m’en vais, je monte le dossier pour ensuite le lui présenter, explique Raphaëlle Gauvin. Mais si c’est un avis juridique ou un type de dossier que je n’ai jamais fait, ça va être un accompagnement serré, étape par étape. Il y a peut-être 15 avenues possibles, mais Jean en prend une. Si on m’envoie à gauche et à droite, ça se peut que je me perde. J’ai besoin d’un alignement : c’est quoi la track à prendre? Jean a l’expérience, il a la réponse, c’est clair. »

« Je leur dis souvent, t’as beau ne pas connaître toutes les formalités encore, mets-toi à la place du membre. Qu’est-ce que tu voudrais que ton syndicat fasse pour toi ? » recadre Julia Bendavid.

À travers ces va-et-vient, les mentor-es apprennent non seulement à mieux connaître leurs nouvelles et nouveaux collègues, mais également à adapter leur accompagnement en fonction de leurs spécificités propres, que ce soient leurs aptitudes particulières, leurs traits de personnalité et leurs zones de vulnérabilité. Ils apprennent à les rassurer et à leur donner confiance.

« Julia ne fait pas juste t’expliquer quoi dire au boss pour régler un grief. Elle t’apprend à avoir confiance en toi et à connaître les outils disponibles, puis elle te laisse aller. Bien sûr qu’elle veut te voir après pour une rétroaction. Et c’est toujours constructif : on valide, pis on améliore. C’est un feedback incroyable», se réjouit Diego.

Le doute fait partie intégrante de notre boulot, rappelle Julia Bendavid. « On se demande tout le temps si on a pris la bonne décision. Que ce soit en négo, en audience ou lors du règlement d’un litige, on se demande sou- vent si on est allé chercher le maximum. Je le sais que c’est quétaine, que c’est psycho-pop, mais je dis toujours à mes mentoré-es : as-tu tout donné? As-tu fait de ton mieux ? »

« Pour tous les trucs techniques, le mentorat t’aide sur le coup, précise Diego Moncada-Lacerte. Mais sur le fond, ça permet aussi de prendre du recul : est-ce que j’aime faire la job? Est-ce que je suis capable de la faire? Le mentorat, ça t’aide à rebondir, à mieux faire ton travail et à en estimer la valeur.»

Et ces questions fondamentales ne sont pas seulement le lot des nouveaux et nouvelles : l’introspection gagne également les mentors. Précisant ne pas parler de Raphaëlle en particulier, Jean Mailloux explique qu’il a appris « à ne pas porter de jugement trop précoce par rapport aux forces ou aux faiblesses des mentoré-es. Ils ont eu une autre vie avant la CSN, elles et ils ont été forgé-es de telle ou telle façon. Dans mon rôle de mentor, j’ai tout intérêt à connaître la personne et… à relever le défi ! »

Le saviez-vous ?

Selon les mentor-es de la CSN, voici les facteurs clés pour établir une relation de confiance avec ses mentoré-es:

  • L’écoute et l’intérêt pour l’autre;
  • L’expertise et les connaissances du mentor;
  • Les échanges réguliers et la présence dans leurs activités syndicales.

Portraits de mentor-es

Bruno Héroux

Service de syndicalisation

Je me souviens de mon arrivée à la CSN. J’ai vécu deux réalités bien différentes : une première affectation, où l’accueil s’est résumé à la remise de mes clés, puis une seconde, dans une équipe où la plus jeune du groupe avait… 22 ans d’ancienneté. Bien qu’agréable, l’accueil n’a pas toujours été au même niveau. C’est ce qu’il faut changer, surtout avec le renouvellement en cours au sein de l’organisation. Le mentorat permettra de faire cet accompagnement pour bien accueillir et outiller nos camarades.

Jean-Pierre Larche

Service de l’information

Ce qui est particulièrement enrichissant dans mon rôle de mentor est de pouvoir partager les trucs et les réflexes que j’ai appris durant ma carrière. La CSN est une machine unique, il faut bien le reconnaître!

Pour faire un bon travail de communication, il faut absolument apprivoiser tous les rouages de notre mouvement pour être en mesure de jouer pleinement notre rôle-conseil. J’apprécie grandement le contact privilégié que je peux ainsi développer avec des personnes stimulantes, qui me nourrissent également de leurs propres expériences vécues ailleurs dans le mouvement ou au sein d’autres organisations de la société civile.

Samuel Guérin-Bouchard

FEESP

À mon avis, être militant et salarié comme conseiller syndical, c’est la plus belle job au monde! On est un outil formidable qui permet aux travailleuses et travailleurs d’être d’égal à égal dans leurs rapports avec leurs employeurs. Par contre, c’est un emploi très exigeant qui nécessite une multitude de compétences et de connaissances et qui peut nous submerger, surtout quand on commence. J’ai décidé de devenir mentor, car je crois qu’il est essentiel de soutenir nos nouvelles et nouveaux camarades à leurs débuts afin de faciliter leur entrée en fonction.

Voir aussi:

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