Chaque printemps, pendant quelques jours, Sébastien Poulin Fortin disparaît un peu du monde syndical.
Conseiller à la FSSS et actuellement en libération au STTCSN comme vice-président, il retourne sur la Côte-Nord, au Salon du livre. Une habitude qui remonte à une autre vie.
« Mon implication comme bénévole au salon, ça vient de mon temps à Radio-Canada. Je faisais des entrevues avec des auteurs. »
Puis, une invitation. Un coup de fil. Et il n’a jamais vraiment quitté.
Depuis seize ans, il y est, sans faut, chaque année. D’abord pour les entrevues, mais aujourd’hui, autrement. « J’en ai fait longtemps. Là, je suis plus dans l’animation. » Le vendredi soir, il anime la grande soirée de lectures grivoises. Le reste du week-end, il présente, il enchaîne, il fait circuler les voix. « Dans quelques instants… » devient son refrain.
Il parle du salon comme d’un lieu à part. « Les gens sont cool. Les auteurs, les autrices, l’équipe. C’est un autre monde. »
Et il y a ces moments qui restent.
Comme cette fameuse lecture grivoise, un événement qui a failli disparaître faute de ressources. À l’époque, il siège au conseil d’administration du salon. « On ne pouvait pas laisser tomber ça. » Alors ils s’organisent, à leur façon. Un peu bricolé, un peu improvisé.
« Les premiers billets ont été imprimés dans des bureaux à Sept-Îles… pas nécessairement de façon très officielle », dit-il en riant.
Le résultat donne lieu à des soirées mémorables. « Stéphane Crête qui lit un vieux roman érotique trouvé dans une vente de garage, des textes complètement éclatés… » Il cherche ses mots. « C’était quelque chose, disons que c’était un party de hots dogs qu’on ne peut oublier. »
Au-delà de ces souvenirs, il y a la lecture elle-même.
Le salon le pousse à lire. À ouvrir des livres, à rencontrer des auteurs et autrices, à entrer dans leur univers. «Dans la vie, on reste souvent en surface. Un livre, ça te donne accès à quelque chose de beaucoup plus intime. C’est une des meilleures portes d’entrée pour comprendre comment quelqu’un voit, comprend le monde qui l’entoure.»
Il reconnaît aussi que, depuis son arrivée à la CSN, il a dû laisser beaucoup d’autres engagements de côté. L’impro, le coaching, plusieurs implications. « Le travail prend beaucoup de place. »
Le salon, lui, est resté.
« Je le bloque à mon agenda. Trois, quatre jours. C’est important. » Important pour sortir du cadre habituel, pour entendre d’autres voix. « Ça me fait rencontrer du monde que je ne croiserais jamais autrement. »
Quelques jours par année, donc, Sébastien ralentit. Il lit. Il écoute. Il anime.
Et il revient avec un regard un peu élargi.