Dans quelques mois, Charles Gagnon prendra sa retraite du SAMVR. Après vingt-sept ans dans le mouvement, il s’apprête à quitter le quotidien des luttes et des rencontres. Mais son agenda ne sera pas vide pour autant. L’an prochain, il débutera des études universitaires en bande dessinée à l’UQO, le seul programme du genre au Québec.
En réalité, ce projet ne sort pas de nulle part.
Quand il était enfant, Charles passait des heures plongé dans les Tintin de son père. Il dessinait constamment. À l’école, il gribouillait plus qu’il n’écoutait. Son père, graphiste, a travaillé à la revue Croc, un moment charnière pour la bande dessinée québécoise. La BD circulait à la maison comme quelque chose de vivant, d’important.
Puis, la vie s’est accélérée. Études en littérature, travail, engagement syndical. Pendant plus de trente ans, le dessin a presque disparu de son quotidien.
Il y a une quinzaine d’années, il a recommencé. D’abord timidement. Des caricatures pour le journal Unité du CCMM, des dessins faits le soir. « J’avais besoin de quelque chose pour décrocher. Le travail me suivait jusque chez moi. Dessiner m’a aidé à remettre une frontière. »
Ce retour n’était pas qu’un passe-temps. Il s’est mis à lire encore plus de bandes dessinées franco-belges et québécoises, à fréquenter les festivals, à accumuler les albums, au point de manquer d’espace. Entre un atelier au cégep de Rosemont, la publication d’un petit recueil, puis une bande dessinée de quatorze pages en chantier, le geste est redevenu sérieux.
Son parcours en littérature lui a donné un regard particulier. « La BD, c’est aussi un grand médium sur papier. Elle raconte, elle construit, elle réfléchit. » Il parle aussi de son trouble de l’attention et de la manière dont l’image l’aide à rester concentré. Le dessin devient une façon d’habiter le monde autrement.
Les années à la CSN ne disparaîtront pas de son imaginaire. « Ce qu’on vit ici, ça ressemble à du Shakespeare. Des rapports de force, de la solidarité et parfois des trahisons et des alliances. Les grands thèmes sont là, même si on les vit dans un microcosme. »
Pour l’instant, il cherche surtout à se donner un espace plus calme. Une forme de sérénité. La retraite arrive et, avec elle, du temps.
Du temps pour raconter autrement.